Quel avenir pour la sommellerie ?
Onze regards pour le dessiner.
À l’occasion de la Journée Internationale de la Sommellerie, Le Journal du Sommelier a voulu poser la question là où elle mérite d’être posée : sur le terrain, dans les salles de restaurant, dans les vignes, dans les écoles et à l’autre bout du monde.
Le vin change. Les vignobles s’adaptent, les consommateurs évoluent, les jeunes générations réinventent leur rapport à l’alcool. Le métier de sommelier, lui aussi, se transforme — dans ses horaires, dans ses outils, dans sa définition même. Face à ces mutations profondes, une question s’impose : où allons-nous ?
Pour y répondre, j’ai choisi de donner la parole à onze professionnels aux parcours, aux générations et aux horizons très différents. Des figures tutélaires aux jeunes talents, de Paris à New York en passant par l’île Maurice et la Suisse, chacun apporte sa vision, ses convictions, parfois ses doutes — Onze voix. Onze visions. Un même amour du métier.
Trois grandes thématiques structurent nos échanges :
L’écologie et le vignoble — Comment les sommeliers accompagnent-ils l’adaptation du vignoble face au réchauffement climatique ? Quels cépages, quels terroirs, quelles pratiques pour demain ?
L’évolution de la consommation — La baisse de la consommation d’alcool, la montée du no-low, les nouvelles attentes des clients : comment la sommellerie se réinvente-t-elle pour rester au cœur de l’expérience gastronomique ?
L’attractivité et l’avenir du métier — Conditions de travail, formation, valorisation des compétences : comment faire de la sommellerie un métier désirable pour les générations qui arrivent ?
Les portraits sont publiés tout au long du mois de juin 2026. Revenez régulièrement — la conversation ne fait que commencer.
-Yanna Delière – Fondatrice du Journal du Sommelier
1/10 Philippe Faure-Brac : Quel avenir pour la sommellerie ?
Ma démarche est née d’une volonté de confronter la théorie aux réalités du terrain. Pour comprendre les mutations profondes de la filière — entre urgence climatique et nouveaux modes de consommation — il m’a semblé indispensable de solliciter une expertise qui fait autorité.
Philippe Faure-Brac incarne cette vision transversale : son parcours unique et son réseau mondial offrent un prisme indispensable pour déchiffrer les réflexions actuelles.
À travers cet interview, je cherche à vous transmettre une vision d’ensemble, nourrie par l’expérience d’un homme qui a vu le métier évoluer et qui continue de le façonner au quotidien.
2/10 Marie Wodecki : L’énergie d’une nouvelle génération au service du patrimoine
Intégrer Marie Wodecki à cette série était essentiel pour ancrer la conversation dans le territoire français, et plus précisément dans cette France alpine qui produit certains des vins les plus excitants du moment. Meilleure Jeune Sommelière de France 2023, elle exerce au restaurant Saba à Annecy — une région qu’elle défend avec conviction comme l’un des terroirs d’avenir face au réchauffement climatique.
Mais c’est surtout sa vision du métier qui m’a convaincue de lui donner la parole. Marie Wodecki ne parle pas de sommellerie comme d’une discipline figée — elle en parle comme d’un outil vivant, au service du client et de son plaisir. Rendre le vin ludique, adapter le discours, proposer des formats différents, repenser le management : elle incarne cette génération de sommeliers qui refuse les postures et préfère l’action. Dans une série où chaque voix apporte une couleur différente, la sienne est celle de la modernité ancrée dans le terrain.
3/10 Pascaline Lepeltier : La philosophie du vin en mouvement
Pascaline Lepeltier fait partie de ces rares professionnels qui parlent du métier de salle avec la même profondeur que du vin lui-même. Formée en France, épanouie à New York, elle a construit une vision du sommelier qui va bien au-delà de la dégustation ou de la connaissance des appellations.
Ce qui la distingue ? Pascaline nomme ce que beaucoup ressentent sans savoir l’exprimer : l’intelligence du service, la capacité à lire une table, à créer un lien, à transformer un repas en expérience humaine. Des qualités longtemps restées dans l’ombre — et qu’elle s’emploie, avec conviction, à remettre en lumière.
Rencontrer Pascaline, c’est comprendre que la sommellerie de demain ne se jouera pas seulement dans les caves ou les vignes. Elle se jouera en salle.
4/10 Bastien Debono : La Rigueur du Concours au Service de l’Émotion
Bastien Debono fait partie de ces sommeliers qui ont choisi la montagne — et pas seulement comme décor. Chef Sommelier à la Maison Bleue de Yoann Conte, à Veyrier-du-Lac en Savoie, il défend au quotidien des cépages que beaucoup ignorent encore, dans un vignoble que le changement climatique redistribue à sa façon.
Ce qui le distingue ? Bastien parle du vin avec la précision d’un champion — il est Meilleur Sommelier de France 2024 — mais aussi avec l’humilité de quelqu’un qui sait que la vraie expertise se construit dans la durée, pas dans les concours. Il a des convictions tranchées sur l’économie de la restauration, sur le sans-alcool, sur la formation. Et il les exprime sans détour.
Rencontrer Bastien, c’est comprendre que la sommellerie de demain ne se jouera pas seulement dans les grandes caves parisiennes. Elle se jouera aussi dans les Alpes, avec des cépages endémiques et une vision du service ancrée dans le réel.
5/10 Charline Pichon : La Précision au Service du Terroir
Pour ce cinquième portrait de ma série consacrée aux grandes voix de la sommellerie, je suis allé en Suisse rencontrer Charline Pichon. Cheffe sommelière de l’Hôtel de Ville de Crissier — trois étoiles Michelin, élue meilleur restaurant du monde en 2016 —, elle a réalisé en 2025 un doublé historique : être sacrée simultanément Sommelière de l’année par le Gault&Millau et recevoir le Sommelier Award du Guide Michelin.
Intégrer Charline à cette série était essentiel pour montrer qu’il n’existe pas de voix toutes faites pour réussir au plus haut niveau. Son parcours prouve que la discrétion et l’humilité ne sont pas des freins, mais des moteurs. Avec Charline, j’ai voulu explorer la sommellerie de l’intuition et de la psychologie — celle qui sait se raconter avec simplicité, même au sommet de l’excellence.
6/10 David Biraud : La persévérance au service de l’art du vin
Pour ce nouvel épisode de ma série consacrée aux visages de la sommellerie mondiale, j’ai l’immense honneur de vous présenter David Biraud. Rencontrer David Biraud, c’est se confronter à l’un des palmarès les plus impressionnants et les plus respectés de la profession. Un homme pour qui l’excellence n’est pas une destination, mais un voyage permanent.
Intégrer David Biraud à ma série était une priorité pour aborder la thématique de la mutation du vignoble et du métier de sommelier et comprendre sa vision actuelle de la sommellerie.
Avoir son ressenti, c’est bénéficier de l’analyse d’un expert qui a vu le métier se transformer sur trois décennies. Son témoignage apporte à notre « référencement des points de vue » une dimension de sagesse et de recul indispensable pour saisir les enjeux de demain.
7/10 Jérôme Faure : Le sommelier qui a conquis l’océan Indien
Pour ce septième portrait, je rejoins Jérôme Faure à l’île Maurice. Maître Sommelier et Chevalier du Mérite Agricole, il supervise depuis plus de vingt ans les caves de 25 restaurants et près de 100 sommeliers au sein du groupe Constance Hotels & Resorts. Ce qui le rend unique dans cette série : il est le seul à avoir construit une culture du vin de toutes pièces, sur une île sans tradition viticole.
Dans cet entretien, il aborde les grands sujets du moment avec une vision ancrée dans le terrain et nourrie par l’expérience de l’exceptionnel. Sur le climat, il fait confiance au patrimoine viticole existant — réintroduire, rééquilibrer, plutôt que tout réinventer. Sur le no-low, il a évolué : réticent il y a quelques années, il y voit aujourd’hui une porte d’entrée vers le vin, à condition de rester exigeant sur la qualité. Et sur la formation, il en sait quelque chose — certains de ses sommeliers n’avaient jamais goûté de vin avant de le rejoindre. Sa conviction : le vin est à la portée de tous, à condition d’être bien accompagné.
8/10 Edmond Gasser : L’Esthète de la Sommellerie au Cœur de la Maison Pic
Distingué par le Sommelier Award 2024 du Guide Michelin, Edmond Gasser incarne une sommellerie de haut vol — celle qui sublime une cuisine d’auteur par la sensibilité et la discrétion plutôt que par la démonstration. Passé par les plus grandes maisons européennes, il dirige aujourd’hui la sommellerie de la Maison Pic à Valence, temple triplement étoilé d’Anne-Sophie Pic. Dans cette interview, il défend une vision assumée du métier : celle d’un sommelier hédoniste, qui place l’émotion avant la technique. Il aborde sans détour les grands sujets qui agitent la profession — le sans-alcool comme levier économique et gustatif, et l’avenir d’un métier qu’il voit avec un optimisme lucide.
